RIVISTE E QUADERNI

Cahiers de littérature française


Cahiers de littérature française V
Ballons et regards d’en haut (a cura di Michel Delon e Jean M. Goulemot
)



On n’en a jamais fini avec les montgolfières. Elles constituaient un objet multiple pour les collectionneurs, un moyen de retrouver les vertiges d’Icare pour les passionnés du vol aérostatique, qui peuplaient, le beau temps revenu, le ciel européen. Et voilà qu’elles sollicitent ici, avec une force peu commune, l’intérêt d’historiens du littéraire et du culturel. On les croyait vouées à la thésaurisation maniaque, à la recherche de sensations fortes, ou vouées à être le domaine réservé des historiens de l’aéronautique. Il n’en est rien. Un usage du ballon en cache toujours un autre. Ainsi va la vie, ainsi va aussi la recherche. Et peut-être vont-elles d’un même pas, nonchalant et le nez au vent. Sur les ballons se focalise une batterie de questions qui les soumettent à une interrogation passionnante sur les pratiques, les imaginaires et les passions des dernières années de l’Ancien Régime.
Cette époque se découvre un goût pour la science. On objectera que la science a une histoire vieille de plusieurs millénaires et que, chez les Grecs déjà, physique, botanique et philosophie n’étaient pas incompatibles, qu’au xviie siècle, Descartes fut philosophe et physicien, que l’Académie des sciences n’a guère chômé depuis sa création, que les philosophes n’ont pas dédaigné les mathématiques (Diderot), la physique (Voltaire), l’expérimentation (sur les effets du froid par Montesquieu), la botanique (Rousseau). Sans parler bien évidemment de Buffon qui mêle philosophie et histoire naturelle et de tous les divulgateurs de Newton (Algarotti, Voltaire) ou de ceux qui utilisent les connaissances scientifiques à des fins religieuses (abbé Pluche) ou confondent un peu trop curiosité et esprit scientifique... Ce qui change avec la deuxième moitié du xviiie siècle, c’est l’accroissement, mais on ne peut parler sans nuancer, comme on le verra, de la démocratisation du public scientifique.
En 1783, date des premières ascensions, depuis quelques décennies déjà, l’information scientifique circule dans l’Europe entière. Grâce à l’Histoire des ouvrages des savans, à nombre de périodiques généralistes, aux mémoires des diverses académies des sciences (en priorité la française et l’anglaise), aux travaux rendus publics des académies de province, les expériences, les découvertes sont immédiatement portées à la connaissance de lecteurs attentifs. L’information touche tous les amateurs éclairés. Mais rappelons aussi que ces mémoires à gravures, ces périodiques spécialisés sont coûteux, et leur circulation malgré tout limitée. Sans doute existe-t-il des laboratoires privés : dans les locaux des académies de province comme à Bordeaux ou à Montpellier, dans certains châteaux, tel celui où expérimentent Mme du Châtelet et Voltaire, les cabinets de curiosité sont encore actifs. Mais, et c’est une évidence, l’expérimentation aérostatique marque avec tout ce mouvement de vulgarisation une réelle et profonde rupture. Son laboratoire est un lieu public, son expérience se déroule au regard de tous. Le public en est le témoin et le garant de sa réussite ; sans aller jusqu’à prétendre que la vérification de l’expérience par ces milliers d’yeux dressés vers le ciel a un sens démocratique. Tout au plus dans une société profondément hiérarchisée, ce public mélangé peut donner l’illusion d’une unanimité, bien absente dans la réalité, comme devait le démontrer la crise de 1788 et ses suites.
Les ascensions publiques créent un événement singulier. Le résultat est isolé de son procès d’élaboration. On peut ignorer les recherches académiques sur l’hydrogène et les gaz plus légers que l’air, les débats sur le vol, et assister, vierge de tout savoir, à ce miracle du vol humain. Jamais sans doute une démarche scientifique n’avait été ainsi livrée dans son immédiateté, dans son résultat pratique, dans son aspect spectaculaire. Il y a du théâtre dans le spectacle de l’ascension. Les ballons sont décorés, peints, ornés de rubans. Ce qui explique en partie que les arts décoratifs lui rendront au centuple ce que les nacelles, le globe, lui ont emprunté. Les aéronautes ne sont pas des savants mais des entrepreneurs. L’expérience à laquelle on assiste a des allures de fête. Le public parfois force les portes de ce théâtre en plein air pour y assister. Voilà un événement qui aura tout de suite un écho public. La presse s’en empare. L’Europe rêve à ces ballons, à tout ce qu’ils promettent. L’homme volant, ce rêve enfin réalisé, ouvre d’autres espaces à l’imagination. On pense à de nouvelles découvertes, à de nouvelles conquêtes. On s’interroge aussi sur ce Ciel qui n’est plus seulement ce lieu où l’on situe le Paradis ou dont on fait le siège de la divinité. Ce qui ne veut pas dire que l’orgueil d’avoir vaincu cette malédiction séculaire qui clouait l’homme au sol et lui faisait envier le vol des oiseaux, ait chassé toutes les peurs et toutes les angoisses. Au point que l’on peut aussi interpréter la présence envahissante des montgolfières dans les arts décoratifs non seulement comme une mode, un engouement, mais aussi comme une façon de rendre familières ces machines étranges, en un mot de les apprivoiser. Objet de poésie, de réflexions techniques, devenu péripétie narrative ou sujet de réflexion philosophique, entre la mode éphémère et la longue durée, le ballon est soumis aux usages les plus divers. Ce qui s’élève dans le ciel, ce qui se donne à voir dans l’espace, ce sont aussi les secrets profonds du corps humain. Au fil du vent apparaissent des pulsions et des hantises. Des récits érotiques des Lumières aux rêveries de Raymond Roussel, la montgolfière devient l’aveuglant objet du désir.



Cahiers de littérature française IV
Racine (a cura di Gabriella Violato e Francesco Fiorentino)



L’écho des manifestations liées au tricentenaire de la mort de Racine, qui a marqué la fin du millénaire, ne s’est pas encore affaibli. Nombre d’essais, d’actes de colloques et de numéros spéciaux ont paru pour le célébrer.
Nous, qui avons projeté ce Cahier, nous aurions souhaité participer à cette sorte de fête par quelque initiative. Nous n’y sommes pas parvenus. Aussi c’est avec grand plaisir que nous comblons cette absence, tout en sachant qu’un auteur de l’envergure de Racine n’a guère besoin d’anniversaires pour qu’on se souvienne de lui. Sa fortune critique, de même que les diverses perspectives qui l’ont marquée, répondent à des facteurs absolument indépendants de toute commémoration.

Dans l’après-guerre, et notamment au cours des années soixante du siècle qui vient de s’achever, l’œuvre de Racine est devenue, on le sait, l’un des lieux privilégiés des débats, si ce n’est des conflits, théoriques et méthodologiques, qui agitaient l’époque. Nous sommes loin de ces années, plus loin sans doute que ne l’indique la chronologie. Pourtant, c’est dans ce climat que se sont formés la plupart de ceux qui ont accepté de collaborer à notre projet. Et bien qu’aujourd’hui plus personne n’ait la prétention de plier l’œuvre de Racine à des finalités qui lui seraient étrangères, il nous semble que quelque chose de ces années est encore vivant et agissant. Que l’on étudie le texte, le contexte ou la biographie, l’interprétation reste une exigence toujours prioritaire. D’autre part, il faut reconnaître que la recherche proprement érudite, dans le domaine des études raciniennes, n’a pas offert depuis longtemps des résultats remarquables.

Ce numéro, qui réunit des chercheurs de plusieurs pays, n’aurait pu voir le jour sans l’apport à la fois compétent et discret de Flavia Mariotti et Chetro De Carolis. C’est à elles que vont notre reconnaissance et nos remerciements.



Cahiers de littérature française III
Le texte cruel (a cura di Franca Franchi)



I contributi di questo numero della rivista si interrogano sulle ragioni di una particolare e contraddittoria patologia della crudeltà sia in ambito letterario che artistico e filosofico. Lo scopo è quello di delineare la geografia delle metamorfosi di una cultura di cui la modernità si fa depositaria: da Sade a Baudelaire, a Bataille (di cui si riportano due inediti), fino ai giorni nostri.
Testi di: Alberto Castoldi, Michel Delon, Franca Franchi, Marina Galletti, George Bataille (inediti), André Guyaux, Liana Nissim, Jean de Palacio, Paolo Tortonese.

L’intérêt pour le texte cruel s’est principalement manifesté dans le cadre des recherches sur la période dite décadente : il s’agit le plus souvent d’analyser le succès d’une thématique paradoxale. Pensons à Villiers de l’Isle-Adam, à Huysmans, à Mirbeau, à Lautréamont, ou dans une autre perspective à Freud, à Krafft-Ebing, à Nordau, ou, dans le domaine philosophique, à Nietzsche. On peut s’interroger en effet sur les motifs d’une pathologie de la cruauté ou sur ses occurrences littéraires, artistiques ou philosophiques en réaction contre le sentimentalisme post-romantique ou l’optimisme bourgeois. Au-delà des personnages romanesques, inquiétants ou fascinants dans leur cruauté, c’est le texte lui-même qui devient cruel.
Les contributions recueillies dans ce volume, issues d’un colloque sur « le texte cruel », interrogent les raisons et les modalités de la cruauté. Le but est d’esquisser une géographie des métamorphoses d’une culture de la cruauté, dont, depuis Baudelaire, notre modernité est dépositaire. Nous sommes heureux d’y joindre deux inédits de Georges Bataille.



Cahiers de littérature française II
Rimbaud (a cura di André Guyaux)



All’entrata della sua biblioteca, Albert Thibaudet avrebbe voluto porre quest’avvertenza: “ il monologo qui non è di casa ”. Il nostro Cahier non ha l’ambizione di fare da contrappeso all’onnipotenza del rimbaldismo monologante, ma avrà raggiunto il suo scopo se contribuirà, ponendo nuove domande, a rilanciare il dibattito e le idee.
Testi di: Marco Vignolo Gargini, André Guyaux, Sandro Gugliermetto, Yves Reboul, Éric Marty, Jean-Luc Steinmez, Claude-Pierre Pérez, Marco Matucci, Mario Rchter, Olivier Bivort.

Au fronton de sa bibliothèque, Albert Thibaudet voulait placer cet avertissement : « le monologue n’entre pas ici ». C’est le risque, en effet, lié à tout acte critique : que l’argument n’appelle plus de réponse, qu’il se suffise à lui-même, qu’il se coordonne seulement à ce qui le précède et à ce qui le suit dans le chef et sous la plume d’un commentateur qui ne dialogue plus qu’avec lui-même.
Il n’est pas impossible que Rimbaud se prête mieux que d’autres aux monologues de la critique. Peut-être suis-je injuste, mais l’image qui me parvient de la bibliographie rimbaldienne au tournant du millénaire est qu’elle monologue beaucoup et dialogue peu. Le même propos rebondit d’un compte rendu à un article, d’un article à un livre. Les séminaires s’épuisent en reconduisant les mêmes sujets. De volumineux volumes paraissent, qui rassemblent tout ce qu’on sait. La compilation relaie l’inspiration. Les deux revues dévolues à Rimbaud et à son œuvre, Rimbaud vivant et Parade sauvage, ne parviennent pas à se renouveler. Le ronron s’y est installé, entrecoupé de quelques invectives ciblées.
Or quelques signes apparaissent d’un autre comportement critique, qui s’éloigne du biographisme et du positivisme ambiant, et des lieux communs post-berrichonniens. Notre modeste Cahier cultive à sa manière cette dissidence. Il n’a pas l’ambition de faire contrepoids à la toute-puissance du rimbaldisme intégré, mais il aura tenu ses promesses s’il contribue à restaurer le débat, la question, l’idée.



Cahiers de littérature française I




Questa nuova rivista vuole avere nell’apparente semplicità del suo titolo, Cahiers de littérature française, il suo punto di forza designando l’oggetto delle sue ricerche sganciato da ogni a priori. E’ nata dall’amicizia che unisce i membri di redazione nell’intento di creare un’asse franco-italiano.
Testi di: Sophie Basch, Mariolina Bertini, Alberto Castoldi, Guy Ducrey, Franco Fiorentino, Anna Maria Scaiola, Hélène Védrine, F. Wilhelm.

Une nouvelle collection paraît. Elle n'a d'autre bannière que son titre : Cahiers de littérature française. Elle est dégagée de tout a priori. Son seul principe est son objet.
Elle est née de l'amitié qui unit les membres de son comité de rédaction, de part et d'autre des Alpes. Pour elle et grâce à elle, on parlera peut-être d'un axe franco-italien. Sa préhistoire est celle de rencontres à Bergame, à Bari, à Sant'Arcangelo, à Bruxelles, à Paris, entre quelques affûteurs d'affinités. De leurs conversations s'est détaché un projet qui a pris corps.